Office vétérinaire fédéral OVF

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Lancement d’une large étude sur la lutte contre la paratuberculose

Les cliniques des ruminants des facultés Vetsuisse de Berne et de Zurich lancent ensemble et en collaboration avec d’autres partenaires un large projet de recherche sur la paratuberculose – projet financé par l’OVF. Le but de l’étude est de trouver les moyens adéquats pour combattre cette maladie particulière des bovins. Pour l’agriculture, cela représenterait l’économie de pertes annuelles s’élevant à plusieurs millions.

Au fond, c’est une vieille histoire : la paratuberculose, maladie mortelle des bovins, existe depuis toujours et est répandue dans le monde entier. Mais elle est difficile à identifier, car elle ne progresse que lentement. De plus, le diagnostic en laboratoire est difficile, la lutte sur l’exploitation est fastidieuse et dure des années. Les bovins malades souffrent de diarrhées continues, d’amaigrissement et de baisse de la production du lait. L’animal finit par mourir d’affaiblissement.

Les cliniques vétérinaires de Berne et Zurich ont déjà aidé de nombreuses exploitations à faire face à la paratuberculose. Dans ce projet, 20 exploitations laitières et de vaches allaitantes vont être suivies pendant 5 ans – le temps qu’il faut pour pouvoir évaluer les mesures d’assainissement. „Nous avons besoin d’éleveurs capables d’être motivés sur la durée“, souligne la cheffe du projet Mireille Meylan de la clinique vétérinaire de Berne.

Pour l’éleveur, cela vaut la peine: il reçoit un soutien professionnel tout au long de l’étude. Avec l’éleveur et le vétérinaire, les chercheurs vont mettre au point une stratégie de lutte adaptée à l’exploitation et analyser quelles sont les mesures qui ont de l’effet et combien elles coûtent. En compilant toutes les données ainsi récoltées, les chercheurs pourront donner en 2015 des recommandations pour les exploitations laitières et de vaches allaitantes. Et les résultats de l’étude serviront de base pour décider si la paratuberculose peut faire l’objet d’une lutte nationale coordonnée.

En Suisse, la paratuberculose est une maladie à surveiller, donc soumise à l’annonce obligatoire. Pourtant chaque année, on ne comptabilise que deux douzaines d’annonces alors qu’une étude a montré qu’une exploitation sur 10 pourrait être touchée.
Dans la lutte contre la paratuberculose, l’hygiène au contact des veaux est très importante, car ce sont surtout les jeunes animaux qui s’infectent au contact d’animaux infectés plus âgés. La diarrhée et l’amaigrissement n’apparaissent que plus tard, chez les animaux adultes (la plupart du temps entre 3 et 5 ans).

Mieux combattre la paratuberculose est un objectif important, car la maladie provoque des pertes importantes à l’agriculture et des souffrances animales inutiles. De plus, la maladie semble avoir un lien avec la maladie de Morbus-Crohn chez l’humain, mais on ignore quel est exactement ce lien et dans quelle mesure il influence le déroulement de la maladie chez l’humain.

Les cliniques des ruminants recherchent encore des exploitations volontaires. Les vétérinaires qui traitent des exploitations laitières ou de vaches allaitantes touchées (cas suspects ou confirmés) peuvent s’annoncer auprès de Mireille Meylan, 031 631 23 44, mireille.meylan@knp.unibe.ch ou Gabi Knubben, 044 635 82 57, gknubben@vetclinics.uzh.ch . L’institut de bactériologie vétérinaire et l’institut de sécurité et d’hygiène des aliments de l’Université de Zurich sont également impliqués dans le projet, ainsi que le service sanitaire bovin.

Le projet débutera en janvier 2011. Les exploitations concernées peuvent s’annoncer dès maintenant.

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West Nile : une maladie à tenir à l’œil

On reparle de la fièvre du Nil occidental ces derniers temps. La Russie, mais aussi certains pays de l’Union européenne comme la Grèce, la Roumanie et l’Italie ont signalé cet été des cas de transmission à l’humain et à l’animal.

Ce n’est pas nouveau : la fièvre du Nil occidental ou West Nile est signalée en Europe depuis plusieurs années. En 1996, la Roumanie avait dû faire face à une première flambée épidémique importante, avec plusieurs cas humains mortels. Ensuite, de nombreux pays européens ont signalé des cas comme la France, l’Italie, l’Espagne ou le Portugal. La maladie s’est pour l’instant surtout déclarée dans le sud de l’Europe. Mais les insectes vecteurs sont partout, en Suisse aussi, et il n’y a donc pas vraiment de raison pour que la Suisse reste indemne de cette maladie.

Au vu de cette évolution, l’Office vétérinaire fédéral propose donc de faire entrer la fièvre du Nil occidental dans l’Ordonnance sur les épizooties comme maladie à surveiller – une consultation dans ce sens est ouverte. Pour l’OVF, cela signifie préparer le terrain au cas où en établissant un laboratoire de référence pour assurer le diagnostic et en analysant les différentes mesures de lutte possibles, que ce soit par exemple en terme de vaccins ou de lutte contre les vecteurs. C’est aussi un signal aux paysans et aux vétérinaires afin qu’ils augmentent leur vigilance sur cette maladie – l’annonce des symptômes suspects étant obligatoires. L’objectif est de repérer rapidement la présence de la maladie en Suisse pour pouvoir prendre les mesures qui s’imposent.

La fièvre du Nil occidental n’est pas à sous-estimer, car elle concerne aussi les humains. Si ce sont les oiseaux sauvages les réservoirs principaux du virus, ce sont les insectes piqueurs qui en sont les vecteurs. En piquant des oiseaux porteurs du virus, les moustiques piquent ensuite les humains ou les animaux qui développent la maladie.

Pour l’humain, dans 80% des cas, la maladie passe inaperçue. Dans les 20% restants, les symptômes sont souvent bénins, se résumant à une petite fièvre. Mais dans de rares cas, chez des personnes souvent déjà affaiblies, le virus peut attaquer le système nerveux, provoquant des méningites ou des encéphalites pouvant être mortelles. Ainsi la Grèce a annoncé 15 décès chez l’homme cet été. Chez l’animal, la maladie peut toucher de nombreux mammifères, dont les chevaux. Chez ces derniers, la maladie peut provoquer une encéphalite, avec à la clé apathie, mouvements non coordonnés et tremblements musculaires.

Plus d’infos sur la maladie et les symptômes

Aliments liquides pour porcs: retour sur une longue histoire

L’interdiction des aliments liquides pour porcs est une longue histoire... Pas étonnant qu’on me demande souvent si cette interdiction est déjà en vigueur ou non. Or si l’histoire est si longue, c’est pour une bonne raison: la Suisse a pu négocier avec l’Union européenne une longue période de transition qui arrivera à sa fin à la mi-2011. Ensuite, l’affouragement des aliments liquides aux porcs sera effectivement interdite. Permettez-moi de faire un petit retour sur ces aliments qui ont beaucoup fait parler d’eux.

L’affouragement des porcs avec des restes de cuisine ou de repas a régulièrement été à l’origine de foyers épizootiques – en Suisse aussi. Ainsi en 1993, 4 foyers de peste porcine dans les cantons de Berne et Fribourg ont eu pour origine des aliments liquides pour porcs. De tels foyers auraient aujourd’hui un impact très lourd sur l’agriculture et sur l’économie du pays en général.

On se souvient tous des foyers de fièvre aphteuse qui ont ravagé la Grande-Bretagne en 2001. Les images de montagnes de bovins qu’on brûlait ont marqué les esprits. L’impact économique sur l’agriculture, le tourisme et d’autres domaines s’est chiffré en milliards. Et ici aussi, l’origine des foyers était l’affouragement aux porcs des déchets de cuisine. Après ces foyers de fièvre aphteuse, l’Union européenne a décidé en 2002 d’interdire l’affouragement des porcs avec des aliments liquides. L’Allemagne et l’Autriche ont pu négocier une période de transition jusqu’en 2006.

A l’époque, la Suisse s’est décidée pour une autre solution. Nous avons renforcé les directives sécuritaires pour la production des aliments liquides pour porcs afin de réduire à un minimum le risque épizootique lié à cette production – avec succès pour l’instant, puisque nous n’avons dû subir aucun foyer épizootique ces dernières années. Mais le renforcement des directives a aussi fait diminuer le volume produit de ces aliments liquides qui ne représentaient plus qu’une infime partie des aliments donnés aux porcs. Ainsi, il y a 10 ans, seules 5% des exploitations porcines utilisaient les aliments liquides; aujourd’hui où on dénombre plus d’installations de biogaz, ce nombre est encore plus modeste.
Pour faciliter le commerce des produits agricoles et l’accès au marché européen de plus de 500 millions de personnes, la Suisse a conclu avec l’UE des accords bilatéraux dans le domaine vétérinaire. Ainsi, Suisse et Union européenne s’appuient sur les mêmes règles sanitaires pour combattre les épizooties. C’est pourquoi, l’UE a demandé à la Suisse d’interdire les aliments liquides pour porcs. Sans cela, l’ouverture du marché européen serait compromis. En concertation avec les producteurs porcins, nous avons ainsi décidé qu’il valait mieux interdire les aliments liquides pour porcs.

Mais nous avons pu obtenir un délai transitoire long – jusqu’à juillet 2011. Ainsi à la fin 2008, des accords ont été signé avec l’UE – comme communiqué alors. La branche a pu ainsi utilisé ce temps précieux à disposition pour se réorganiser – notamment en créant des installations de biogaz.

L’ouverture de la consultation de l’ordonnance sur l’élimination des sous-produits animaux constitue donc le dernier chapitre de cette longue histoire. L’interdiction est ainsi reprise dans le droit fédéral. Et c’est finalement une bonne solution: les restes de cuisine et de repas peuvent être utilisés pour la production de biogaz et le risque d’épizootie lié à ce genre de déchets est réduit au minimum. Avec pour résultat, l’accès facilité au marché européen.

Les farines animales toujours interdites dans l’alimentation des animaux de rente

Il a fallu plus de 15 ans de lutte et 463 cas de vache folle chez les bovins pour arriver à éradiquer cette maladie extraordinaire à plus d’un titre. Tout un paquet de mesures a été nécessaire – dont l’interdiction stricte des farines animales dans l’alimentation des animaux de rente.

Or si ces mesures ont été décisives pour l’éradication de la vache folle, elles sont aussi à l’origine de situations paradoxales, comme par exemple le besoin de trouver malgré tout des protéines pour les porcs, protéines qui sont souvent importées à grand frais aux dépends de toute logique écologique. Ou le fait que plus de 30% d’un porc ou 40% d’une vache partent en fumée sans être consommé.

Même si la situation sur le front de la vache folle s’améliore, il faudra encore quelques temps pour que la Suisse soit reconnue par l’Organisation sur la santé animale (OIE) comme ayant un risque d’ESB négligeable. Toutefois il est légitime de s’interroger dès à présent sur l’après vache folle – avec à la clé une éventuelle réutilisation des farines animales dans l’alimentation des porcs et des volailles sous des conditions sécuritaires très strictes. Les deux espèces, omnivores, ne peuvent pas être atteintes de vache folle.

Ce sujet n’est pas nouveau : on en discute depuis des années dans l’Union européenne et en Suisse – nous en avions parlé en avril 2008 déjà. A l’époque, nous évoquions les conditions nécessaires à une réintroduction de protéines animales chez les porcs et la volaille – comme une filière de production strictement séparée de la filière des ruminants ou des méthodes de contrôle performants.

Le constat fait en 2008 est le même aujourd’hui : les conditions qui nous semblent nécessaires pour une utilisation des protéines animales dans l’affouragement des porcs et de la volaille ne sont toujours pas réunies aujourd’hui. C’est pourquoi, dans la nouvelle mouture de l’ordonnance sur l’élimination des sous-produits animaux, l’interdiction d’utiliser les farines animales est maintenue.

Mais l‘utilisation des farines animales dans l’alimentation de la volaille et des porcs est un objectif à moyen terme, parce qu’écologique. Les discussions vont bon train au sein de l’Union européenne également qui a réinscrit un assouplissement de l’interdiction des farines animales comme objectif d’avenir dans sa feuille de route sur les EST, les encéphalopathies spongiformes transmissibles auxquelles appartient la vache folle. Les discussions européennes sont aussi importantes pour la Suisse – la réintroduction de farines animales ne pourrait se faire qu’en concertation avec l’UE. C’est un dossier à suivre, assurément et je m’attends à d’intenses discussions dans les années qui viennent.

ILT: nouvelles mesures de lutte pour plus de sécurité

L’OVF met aujourd’hui en consultation une modification de l’Ordonnance sur les épizooties concernant la laryngotrachéite infectieuse aviaire ou ILT avec pour objectif de renforcer la lutte contre cette maladie en proposant une prise en charge adaptée à la volaille de race. Explications.

Chaque année, depuis plusieurs années maintenant, on dénombre quelques cas d’ILT  en Suisse. Si cette maladie virale a disparu des poulaillers professionnels, les foyers sont dénombrés chez la volaille de race. Et ce ne pourrait être que la pointe de l’iceberg, puisque les spécialistes estiment que la véritable prévalence de l’ILT chez la volaille de race est plus élevée qu’annoncée. Cette situation est problématique, car l’ILT est une maladie qui engendre des pertes économiques sévères pour l’aviculture. C’est pourquoi d’ailleurs, toute suspicion d’ILT doit être annoncée au vétérinaire cantonal. Et en cas de confirmation, les mesures sont drastiques : élimination de tout le troupeau, désinfection du poulailler et attente d’au moins 30 jours avant de pouvoir repeupler le poulailler.

Pour l’aviculteur amateur, ces mesures drastiques signifient la perte totale de son cheptel – ce qui ne le motive pas vraiment à annoncer les symptômes suspects. Résultat : l’ILT continue de se propager dans la population des volailles de race, à la faveur d’expositions ou de ventes.

Devant ce problème récurent, l’OVF a convoqué la branche avicole et tous ont reconnu l’acuité du problème et la nécessité de trouver des solutions. D’où la proposition d’aujourd’hui : permettre aux éleveurs de volaille de race de conserver leur patrimoine génétique en permettant la ponte et l’élevage des œufs avant l’élimination de tout le troupeau. Concrètement, si l’ILT se déclare dans une exploitation de volaille de race, les animaux positifs sont éliminés, le poulailler est désinfecté, mais les animaux négatifs peuvent être utilisés pour la ponte pendant un mois. Les œufs pondus sont ensuite élevés dans un autre poulailler et les poussins sont testés 8 à 12 semaines après leur naissance. Les animaux restants du troupeau d’origine sont alors éliminés. Les poussins pourront retrouver le poulailler d’origine après 3 mois.

Autorités sanitaires, association des volailles de race, aviculteurs professionnels, pour tous, l’objectif est clair : la prévalence de l’ILT doit diminuer. Le modèle proposé aujourd’hui a déjà été testé avec succès dans plusieurs exploitations, avec une bonne nouvelle à la clé : tous les poussins ainsi nés étaient négatifs à l’ILT. Mais il ne fonctionne qu’à une seule condition : que les éleveurs de volaille jouent le jeu et signalent les suspicions d’ILT au vétérinaire.

Reconnaître les symptômes suspects de l’ILT

Fièvre aphteuse : levée des mesures au Japon

A la fin juillet, le Japon a pu lever les dernières mesures de restrictions liées aux foyers de fièvre aphteuse. Une bonne nouvelle qui met un terme à une situation critique qui avait commencé en avril dernier (lire nos blogs de mai et de juin).

S’il faudra attendre encore plusieurs semaines avant de savoir si l’épizootie est vraiment terminée, la situation s’est bien améliorée grâce aux mesures drastiques ordonnées par le Japon. En plus de l’élimination des animaux dans les régions touchées, une vaccination obligatoire des bovins et des porcs aux alentours a été effectuée pour enrayer la propagation de la maladie, les mouvements d’animaux ont été strictement réglementés et les mesures d’hygiène sur les exploitations ont été renforcées. Bref, tout a été mis en œuvre pour lutter contre le virus ; malgré tout il a fallu des semaines pour en venir à bout -  et les pertes économiques sont lourdes.

On ne sait pas aujourd’hui comment le virus a pu être introduit au Japon. Mais les analyses du virus montre que le virus japonais est le même que celui qui circule en Chine et en Corée. On peut ainsi supposer que le virus a été introduit au Japon par des importations illégales en provenance de ces pays.

Les organisations internationales lancent un programme contre les épizooties

L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont présenté un nouveau programme de lutte contre les épizooties. Le but de ce programme est de renforcer la lutte contre ces épidémies animales principalement en Asie, en Afrique et en Amérique latine, à savoir les régions où de nos jours les épizooties sévissent le plus souvent et le plus durement. Ce programme prévoit principalement des mesures dans les domaines de la prévention et de la reconnaissance précoce de ces maladies animales.

Ce programme sur 5 ans, baptisé „One Health“, prévoit diverses mesures visant à améliorer la protection contre les épizooties. Il vise à aider les pays en développement à mettre sur pied des systèmes de dépistage précoce de ces maladies, à élaborer et à mettre en œuvre des stratégies de lutte efficaces et à développer les structures et les capacités nécessaires.

La lutte contre les épizooties est compliquée par l’évolution des menaces. Et pour Juan Lubroth, chef de la division Affaires vétérinaires à la FAO, ce n’est pas de la science-fiction, mais une menace bien réelle. Si les épizooties mortelles et aux conséquences économiques dévastatrices ont toujours existé, les épizooties actuelles sont sans aucun doute plus nombreuses et elles se propagent. La bonne nouvelle est qu’elles peuvent être découvertes plus facilement et combattues. Mais les plus grandes craintes concernent les épizooties qui présentent un danger pour l’homme, comme la grippe aviaire, la rage, ESB ainsi que le SRAS. En suivant l‘approche „One Health“, ces organisations internationales traitent la santé de l’homme et celle de l’animal comme UN SEUL défi.

Les épizooties ne menacent pas seulement la santé des animaux et de l’homme, elles peuvent aussi avoir des conséquences économiques considérables. C’était le cas de la fièvre aphteuse en Grande-Bretagne, en 2001  qui, selon les estimations de la FAO, aurait coûté 25 milliards d’euro. Et dans les régions les plus pauvres du globe, les épizooties constituent en outre une menace pour la sécurité alimentaire.

La Suisse salue l’initiative de ces organisations internationales, car la lutte contre les épizooties au niveau international est, pour elle aussi, un des objectifs de sa Strategie de santé animale  2010+. Il est dans notre intérêt que les épizooties soient combattues dans les pays d’origine, que la lutte soit menée aussi tôt que possible et que la prévention soit renforcée. Ces mesures renforcent la sécurité de la Suisse, car elles la protègent de l’importation d’épizooties sur son territoire.

BVD : ce n’est pas fini !

0.2%. 0.2 petit pourcent. C’est le taux actuel des veaux nouveaux-nés IP – soit 2 naissances IP sur 1000 naissances. C’est peu, mais ce n’est pas rien. Cela signifie que le programme d’éradication de la BVD continue. Et cela signifie surtout que les directives en vigueur doivent être scrupuleusement suivies.

Or depuis quelques temps, les vétérinaires nous signalent de plus en plus de cas d’animaux sous séquestre qui sont déplacés ou vendus avant même d’avoir reçu les résultats des tests. Ce sont ainsi plus de 2500 veaux sous séquestre qui ont été déplacés depuis janvier 2010. Et cela peut avoir des conséquences fatales.

A ce moment du programme d’éradication, beaucoup des jeunes animaux n’ont jamais été en contact avec la BVD – c’est bien l’objectif du programme ! Or si un veau IP est réintroduit dans une exploitation, il risque de contaminer ces jeunes animaux qui, s’ils sont portants, vont donner naissances à des veaux IP et le cycle infernal peut recommencer… De plus en cette période estivale, les animaux sont à l’alpage et inutile d’expliquer les conséquences désastreuses que pourrait avoir la présence d’un animal IP non détecté à l’alpage.

Donc, un seul mot d’ordre : restez vigilants ! Faites tester tous vos veaux – même ceux qui partent à l’engraissement. Attendez le résultat des tests avant de déplacer vos veaux, res-pectez les séquestres – afin de ne pas mettre en péril tous les efforts déployés pour éradiquer la BVD.

Plus d’infos sur la maladie sur www.stopbvd.ch

Anémie infectieuse équine : prudence lors des importations

On reparle de l’anémie infectieuse équine (AIE) ces jours-ci avec le renforcement des mesures de précaution décidé par l’Union européenne et la Suisse pour les importations de chevaux en provenance de Roumanie. S’il fallait déjà faire tester les chevaux en provenance de Roumanie avant de les faire entrer en Suisse, il faudra désormais isoler les chevaux à leur arrivée en Suisse pendant au moins 30 jours et pratiquer un test de Coggins au plus tôt 28 jours après leur arrivée. (Plus d'info)

Ce renforcement des directives s’est avéré nécessaire, car la situation en Roumanie est difficile. L’anémie infectieuse équine y est largement répandue : à la fin 2009, on comptait plus de 6'000 foyers avec quelque 11'000 chevaux testés positifs à l’AIE. Et les mesures de précaution à l’importation exigées par l’Union européenne et la Suisse, à savoir un test de Coggins excluant l’AIE ainsi que des mesures d’isolement avant l’importation, ne suffisent pas. En effet, l’analyse des derniers foyers déclarés dans des pays européens, en Belgique et en Grande-Bretagne, a montré que tous avaient pour origine des animaux importés de Roumanie. Un rapport d’inspection de l’UE effectuée en 2009 a également montré que les mesures de précaution n’étaient pas toujours effectives en Roumanie. Du coup, il est nécessaire de renforcer la prudence et de s’assurer à l’arrivée des chevaux en Suisse qu’ils ne sont pas porteurs de l’AIE.

La Suisse n’importe que très rarement des chevaux de Roumanie. Mais la Roumanie n’a pas l’apanage de cette maladie. En Italie aussi l’anémie infectieuse équine est largement répandue et les derniers foyers signalés en Belgique, en Grande-Bretagne et en Allemagne doivent nous rappeler que tout peut aller très vite.

Pour les éleveurs, un seul mot d’ordre : prudence lors des importations. Assurez-vous que les chevaux soient bien testés avant leur venue en Suisse, isolez les animaux à leur arrivée et observez bien leur état de santé au fil du temps. L’AIE pourrait aussi se déclarer en Suisse.

L’anémie infectieuse équine est une maladie virale des chevaux, inoffensive pour l’homme. Elle se manifeste par des épisodes aigus caractérisés par une fièvre élevée, une anémie, un fort amaigrissement, un abattement et, occasionnellement, la mort subite du cheval.Plus d’infos sur cette maladie ici.

Christian Griot: "Du temps perdu au début de l'épidémie de fièvre aphteuse au Japon"

Nous en parlions le 7 mai dernier : le Japon doit faire face à une flambée de fièvre aphteuse, alors que ce pays était depuis de nombreuses années indemne de cette maladie. Plus d’un mois plus tard, l’épidémie sévit toujours. Avec 289 foyers annoncés aujourd’hui et plus de 180'000 animaux éliminés, le Japon parle de crise nationale avec des coûts estimés à plus de 1.2 milliard de francs et met le doigt sur un début manqué d’épidémie. Le point avec Christian Griot, directeur de l’Institut de virologie et d’immunoprophylaxie de Mittelhäusern, notre laboratoire de référence pour la fièvre aphteuse.

Christian Griot, le Japon parle aujourd’hui de début manqué d’épidémie. Pourquoi ?
La fièvre aphteuse peut débuter de manière très peu spectaculaire. On pense aujourd’hui que la maladie s’est d’abord déclarée chez des buffles domestiques. A la fin mars, un buffle est examiné par un vétérinaire pour une diarrhée, mais ne présente pas de symptômes typiques de fièvre aphteuse. La diarrhée se guérit d’elle-même et l’affaire est classée. Or le 9 avril, à 600 mètres de là, une vache présente une petite lésion buccale, avec fièvre, perte d’appétit et légère augmentation de la salivation. Comme les symptômes ne semblent ni spécifiques, ni virulents, le vétérinaire n’engage pas de prise d’échantillons, mais continue d’observer le troupeau. Le 16 avril, deux autres vaches présentent des symptômes similaires. Le vétérinaire ordonne alors une analyse pour la langue bleue, l’IBR, la BVD et l’ibaraki. Le 19 avril, les résultats de laboratoire sont tous négatifs et par acquis de conscience, l’échantillon est encore envoyé au laboratoire national pour analyse de fièvre aphteuse. Et c’est finalement le 20 avril que l’échantillon sera testé positif à la fièvre aphteuse. L’alerte sera donc donnée plus de 20 jours après l’examen du premier animal par un vétérinaire. Une perte de temps conséquente pour une maladie si contagieuse.

Qu’est-ce qui n’a pas marché ? Pourquoi ne pas avoir tout de suite pensé à la fièvre aphteuse ?
Que les premiers animaux touchés soient des buffles complique la situation . On sait que chez les buffles, la fièvre aphteuse ne provoque pas de symptômes typiques. Les animaux peuvent même présenter une infection persistente et donc sécréter du virus pendant plusieurs mois sans présenter de symptômes apparents. Avec une petite diarrhée qui se guérit toute seule, on n’a pas de raison de penser à la fièvre aphteuse. Ensuite, dans l’autre exploitation, la réaction du vétérinaire est assez compréhensible : avec un seul animal touché et des symptômes peu spécifiques, on ne pense pas tout de suite à une maladie hautement contagieuse. Mais ensuite, lorsque plusieurs animaux sont touchés, on n’a pas non plus pensé tout de suite à la fièvre aphteuse.

Est-ce que cela aurait pu aussi se passer chez nous ?
Je pense que oui. Le Japon dispose d’un service vétérinaire performant, comme la Suisse, et il est aussi, comme la Suisse, indemne de fièvre aphteuse. Je pense que c’est un point important : on a tendance à oublier que la fièvre aphteuse est une réalité dans beaucoup de pays du monde. On ne doit même pas aller jusqu’en Asie pour rencontrer la fièvre aphteuse : elle est très fréquente en Turquie par exemple, surtout dans les régions de l’est. Lorsqu’on est confronté à des symptômes de maladies, qu’on soit paysan ou vétérinaire, on exclut la fièvre aphteuse, parce que l’on «n’y croit pas ». On s’attend à voir des symptômes clairs – alors on ne réagit pas. Cela peut être fatal, parce que la fièvre aphteuse se propage très rapidement d’un animal à l’autre, par les mouvements d’animaux, de marchandises et de personnes et même par l’air.

Est-ce à dire qu’on ne pense pas souvent à la fièvre aphteuse en Suisse en posant un diagnostic ?
Beaucoup trop peu ! On nous envoie par année au maximum 3 à 4 cas suspects pour analyse. Or les premiers symptômes de la fièvre aphteuse chez les bovins, à savoir hypersalivation, fièvre et baisse de la production du lait, sont relativement fréquents. On devrait logiquement avoir plus de cas suspects. En 2001, la fièvre aphteuse faisait rage en Grande-Bretagne : cette année-là, on parlait de fièvre aphteuse tous les jours dans les journaux et nous avons eu beaucoup plus d’envois d’échantillons que les autres années. Mais dès que la maladie a été éradiquée, c’est l’effet inverse qui s’est produit : en 2002, aucun cas suspect ne nous a été signalé. On voit bien que le degré de vigilance ne repose pas uniquement sur l’analyse des symptômes, mais aussi sur l’actualité. Et c’est dangereux, car ce qui s’est passé au Japon le montre bien : on peut comme cela tout simplement passer à côté d’un début d’épidémie – avec des conséquences très lourdes au bout du compte.

Quels conseils donner aux vétérinaires et aux éleveurs ?
Soyez vigilants. Il vaut mieux faire une analyse de trop que de rater le début d’une épidémie. Car cela peut avoir des conséquences dramatiques. Preuve en est l’épidémie en Angleterre de 2010, avec 2030 exploitations touchées et plus de 7 millions d’animaux éliminés.

Plus d'infos sur la fièvre aphteuse

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