Aliments liquides pour porcs: retour sur une longue histoire
L’interdiction des aliments liquides pour porcs est une longue histoire... Pas étonnant qu’on me demande souvent si cette interdiction est déjà en vigueur ou non. Or si l’histoire est si longue, c’est pour une bonne raison: la Suisse a pu négocier avec l’Union européenne une longue période de transition qui arrivera à sa fin à la mi-2011. Ensuite, l’affouragement des aliments liquides aux porcs sera effectivement interdite. Permettez-moi de faire un petit retour sur ces aliments qui ont beaucoup fait parler d’eux.
L’affouragement des porcs avec des restes de cuisine ou de repas a régulièrement été à l’origine de foyers épizootiques – en Suisse aussi. Ainsi en 1993, 4 foyers de peste porcine dans les cantons de Berne et Fribourg ont eu pour origine des aliments liquides pour porcs. De tels foyers auraient aujourd’hui un impact très lourd sur l’agriculture et sur l’économie du pays en général.
On se souvient tous des foyers de fièvre aphteuse qui ont ravagé la Grande-Bretagne en 2001. Les images de montagnes de bovins qu’on brûlait ont marqué les esprits. L’impact économique sur l’agriculture, le tourisme et d’autres domaines s’est chiffré en milliards. Et ici aussi, l’origine des foyers était l’affouragement aux porcs des déchets de cuisine. Après ces foyers de fièvre aphteuse, l’Union européenne a décidé en 2002 d’interdire l’affouragement des porcs avec des aliments liquides. L’Allemagne et l’Autriche ont pu négocier une période de transition jusqu’en 2006.
A l’époque, la Suisse s’est décidée pour une autre solution. Nous avons renforcé les directives sécuritaires pour la production des aliments liquides pour porcs afin de réduire à un minimum le risque épizootique lié à cette production – avec succès pour l’instant, puisque nous n’avons dû subir aucun foyer épizootique ces dernières années. Mais le renforcement des directives a aussi fait diminuer le volume produit de ces aliments liquides qui ne représentaient plus qu’une infime partie des aliments donnés aux porcs. Ainsi, il y a 10 ans, seules 5% des exploitations porcines utilisaient les aliments liquides; aujourd’hui où on dénombre plus d’installations de biogaz, ce nombre est encore plus modeste.
Pour faciliter le commerce des produits agricoles et l’accès au marché européen de plus de 500 millions de personnes, la Suisse a conclu avec l’UE des accords bilatéraux dans le domaine vétérinaire. Ainsi, Suisse et Union européenne s’appuient sur les mêmes règles sanitaires pour combattre les épizooties. C’est pourquoi, l’UE a demandé à la Suisse d’interdire les aliments liquides pour porcs. Sans cela, l’ouverture du marché européen serait compromis. En concertation avec les producteurs porcins, nous avons ainsi décidé qu’il valait mieux interdire les aliments liquides pour porcs.
Mais nous avons pu obtenir un délai transitoire long – jusqu’à juillet 2011. Ainsi à la fin 2008, des accords ont été signé avec l’UE – comme communiqué alors. La branche a pu ainsi utilisé ce temps précieux à disposition pour se réorganiser – notamment en créant des installations de biogaz.
L’ouverture de la consultation de l’ordonnance sur l’élimination des sous-produits animaux constitue donc le dernier chapitre de cette longue histoire. L’interdiction est ainsi reprise dans le droit fédéral. Et c’est finalement une bonne solution: les restes de cuisine et de repas peuvent être utilisés pour la production de biogaz et le risque d’épizootie lié à ce genre de déchets est réduit au minimum. Avec pour résultat, l’accès facilité au marché européen.


Commentaires
Dans les Caraïbes, de 1978 à 1982, tous les cochons domestiques de l'île d'Hispaniola, qui comprend Haïti et la République dominicaine, ont été abattus, afin d'éviter que la peste porcine africaine ne se répande dans les autres pays d'Amérique. Cet abattage, fortement recommandé par le Département de l'agriculture des Etats-Unis (USDA), a permis d'éviter l'infestation mais il a également mené à l'extinction de l'élevage traditionnel des porcs, unique dans cette île.
Cela fut un désastre pour les petits fermiers: non seulement ils perdirent leurs porcs bien adaptés aux conditions locales, mais encore les nouveaux troupeaux introduits sur les conseils de l'USDA s'acclimatèrent mal. Un groupe de chercheurs réussit cependant à sauver la situation: en croisant des animaux de trois continents, ils sont parvenus à produire un nouveau cochon fermier, qui se développe bien en Haïti et sera bientôt introduit en République dominicaine.
ON vaudrait tuer les petits producteurs, que l'on ne s'y prendrait pas autrement. Mais malheureusement l'histoire a toujours tendance à se répéter.
Quel prix devra payer le paysan pour se fournir avec cette nouvelle alimentation (tel que le soja) et quel goût pour la viande...
Amicalement