Depuis le 1er janvier 2010, la castration des porcelets doit se faire sans douleur – une étape importante pour le bien-être animal dans la production porcine. Cette étape est soutenue par l’association des producteurs porcins Suisseporcs, et en particulier par son président Peter Hofer.

 

Monsieur Hofer, comment pratiquez-vous la castration de vos porcelets et quelle est votre expérience ?

Je travaille dans une communauté d’éleveurs en collaboration avec une exploitation partenaire. Nos porcelets sont castrés sur l’exploitation partenaire avec une narcose au gaz. Je n’ai moi-même donc pas d’expérience directe avec la réalisation de la narcose.

Qu’est-ce qui s’est passé ces derniers mois pour permettre la mise en œuvre de la castration sans douleur?

L’immense majorité du marché a exigé une castration chirurgicale. Pour cela, plus de 2500 producteurs ont dû suivre des cours de formation pour pouvoir réaliser eux-mêmes la narcose au gaz. Une petite partie des producteurs laisseront le soin au vétérinaire de pratiquer la castration. Les appareils à narcose ont dû être commandés et les producteurs ont pu demander un soutien financier auprès de Proviande. La branche a en effet créé un fonds de soutien à l’investissement qui est payé par les producteurs, les distributeurs et les marchands porcins. Proviande s’occupe de l’administration du fonds – sur mandat de la branche.

Où en est-on ? Est-ce que la branche est déjà entièrement prête à la mise en œuvre de la castration sans douleur ?

Environ un tiers des producteurs qui se sont annoncés pour le fonds ont déclaré avoir recours au vétérinaire. Mais je pense que beaucoup d’entre eux vont en fait utiliser rapidement l’appareil de narcose. Le délai de livraison pour ces appareils est de trois mois et tous les appareils ne sont pas encore livrés. Dans les exploitations qui ne disposent pas encore des appareils de narcose, le vétérinaire doit intervenir jusqu’à la livraison. Le fonds est en passe d’être organisé. Les montants facturés aux abattoirs sont honorés correctement dans la plupart des cas. Les 2500 demandes de soutien financier sont actuellement comparées avec les données AGIS; ensuite, le dédommagement sera calculé par box de mise bas. Les exploitations d’élevage qui font aussi de l’engraissement feront l’objet d’une analyse particulière. Les soutiens financiers seront versé à la fin du premier trimestre.

Avez-vous des réactions des producteurs porcins?

Lors de la foire « Suisse Tier », nous avons organisé un forum pour échanger les expériences sur la mise en œuvre de la castration sans douleur. Trois producteurs ont présenté leurs expériences avec les appareils de narcose et les différentes méthodes. La narcose est efficace. Comme les porcelets sont endormis, l’étable est calme et le travail est plus agréable. Mais cela prend beaucoup plus de temps qu’avant et l’entretien de l’appareil demande aussi du temps. L’investissement financier causé par l’appareil est bien compensé par le fonds de soutien. Et les retours que j’ai d’autres producteurs sont très semblables à ces témoignages.

Que fait Suisseporcs pour aider à la mise en œuvre?

Nous travaillons avec le service sanitaire porcin (SSP). Le SSP visite régulièrement les exploitations et peut ainsi informer sur la castration, relever les problèmes éventuels et offrir un conseil approprié. Le SSP met sur pied avec les vétérinaires une surveillance ciblée pour répondre aux problèmes éventuels et proposer des solutions. Pour assurer la sécurité des producteurs lors de la castration, nous travaillons avec la SUVA/agriss. Si un producteur a l’impression que les émissions d’isoflurane sont trop élevées, il peut faire mesurer les émissions gratuitement par un spécialiste.

Comment voyez-vous l’avenir?

La castration chirurgicale va être employée encore pendant des années. Avec l’utilisation de la narcose à l’isoflurane et d’un anti-douleur, la Suisse a la meilleure méthode de castration sans douleur en Europe. La Suisse ne pourra cependant pas rester à l’écart du développement du marché européen. Actuellement en Europe, des premiers signes tangibles sont perceptibles pour l’abandon de la castration chirurgicale. Mais cela reste encore marginal. En Suisse aussi, c’est le marché qui devra se décider à faire évoluer les méthodes. Personne ne sait quand cela se concrétisera. Nous ne voulons pas d‘une interdiction de la castration des porcelets. Il faudrait sinon interdire la castration en général, aussi pour nos animaux de compagnie.

Plus d’infos sur la castration ici.