Office vétérinaire fédéral OVF

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Jean-Marc Richard: « L’animal est révélateur de notre rapport à l’humain»

Les Zèbres de Jean-Marc Richard et de la Radio Suisse Romande ont fait escale à l’OVF du 26 au 29 janvier 2010. Des classes de 8e, 7e, 2e et 5e année de l’école cantonale de langue française ont animé l’émission et découvert certaines facettes des activités de l’OVF. Entretien avec Jean-Marc Richard.

Jean-Marc Richard, qu’est-ce qui vous a frappé cette semaine ?

Les enfants ont beaucoup à dire ou à questionner sur le thème de l’animal. C’est un thème universel, qui leur parle, parce qu’il est en lien direct avec leur quotidien. Cela réveille chez les petits leur envie de raconter, leur faim d’expliquer leur rapport à l’animal. Les plus grands ont posé beaucoup de questions, ont eu besoin de comprendre. Le contact avec les spécialistes de l’OVF avant l’émission était important. Votre approche n’est pas émotionnelle, vous abordez le thème de l’animal de façon scientifique, technique. L’animal n’est pas sanctifié. Du coup, cela crée de l’espace à la réflexion. On le voit sur le débat des Zèbres (ndlr pour ou contre l’avocat des animaux) : les arguments étaient contrastés et nuancés.

Pourquoi avoir choisi l’OVF pour une visite des Zèbres. Un office fédéral, ce n’est pas forcément très rigolo aux yeux des enfants…

C’est drôle, parce que lorsque nous avons discuté des lieux où produire l’émission, l’OVF a été un des seuls lieux à faire l’unanimité dans mon équipe… mais pour plein de raisons différentes. Certains trouvaient la protection des animaux importante, d’autres s’intéressaient plus aux steaks… Personnellement, je voulais réfléchir avec les enfants à la place de l’animal dans notre société – et les nombreuses discussions ont montré combien ce thème touche les enfants.

A l’école cantonale de langue française, il y a beaucoup de nationalités différentes et notamment, beaucoup d’enfants qui viennent d’Afrique. Vous travaillez régulièrement en Afrique et connaissez bien ce continent. Est-ce que le rapport à l’animal y est différent ?

Evidemment ! Je dirais même que c’est LA plus grande différence culturelle. La perception de la religion, de la famille, des hommes et des femmes n’est finalement pas très différente qu’ici. Par contre la place de l’animal, oui. Mais c’est normal, quand on est dans la survie, les priorités sont différentes. Un des enfants congolais qui animaient l’émission cette semaine me racontait qu’un de ses plus grands chocs, la première fois qu’il était venu en Suisse, avait été de voir la publicité pour des aliments pour chats ou chiens. Cela l’avait sidéré.

Est-ce que la protection des animaux serait un luxe ?

Je crois que la protection quelle qu’elle soit n’est jamais un luxe. Il serait inimaginable en Suisse que les gens se fichent de la protection des animaux. Dans des régions où la survie des humains est difficile, il est aussi difficile de s’imaginer équiper, par exemple, des porcheries de douches – comme on en a parlé dans l’émission. C’est une question de priorités.

Toute la semaine, vous avez demandé aux enfants à quoi le mot « animal » leur faisait penser. Et à vous ?

Je crois que le rapport que nous avons à l’animal est finalement très révélateur de notre rapport à l’humain. Celui qui se sent mieux compris par son animal que par les gens qui l’entourent a peut-être parfois été déçu des relations humaines. A l’extrême, celui qui maltraite son animal a souvent des problèmes avec lui-même. Le respect de l’humain et le respect de l’animal vont de pair. Regardez les enfants : ils sont plein d’humanité et ils ont un lien spontané avec l’animal.

Une castration sans douleur pour nos porcelets

Depuis le 1er janvier 2010, la castration des porcelets doit se faire sans douleur – une étape importante pour le bien-être animal dans la production porcine. Cette étape est soutenue par l’association des producteurs porcins Suisseporcs, et en particulier par son président Peter Hofer.

 

Monsieur Hofer, comment pratiquez-vous la castration de vos porcelets et quelle est votre expérience ?

Je travaille dans une communauté d’éleveurs en collaboration avec une exploitation partenaire. Nos porcelets sont castrés sur l’exploitation partenaire avec une narcose au gaz. Je n’ai moi-même donc pas d’expérience directe avec la réalisation de la narcose.

Qu’est-ce qui s’est passé ces derniers mois pour permettre la mise en œuvre de la castration sans douleur?

L’immense majorité du marché a exigé une castration chirurgicale. Pour cela, plus de 2500 producteurs ont dû suivre des cours de formation pour pouvoir réaliser eux-mêmes la narcose au gaz. Une petite partie des producteurs laisseront le soin au vétérinaire de pratiquer la castration. Les appareils à narcose ont dû être commandés et les producteurs ont pu demander un soutien financier auprès de Proviande. La branche a en effet créé un fonds de soutien à l’investissement qui est payé par les producteurs, les distributeurs et les marchands porcins. Proviande s’occupe de l’administration du fonds – sur mandat de la branche.

Où en est-on ? Est-ce que la branche est déjà entièrement prête à la mise en œuvre de la castration sans douleur ?

Environ un tiers des producteurs qui se sont annoncés pour le fonds ont déclaré avoir recours au vétérinaire. Mais je pense que beaucoup d’entre eux vont en fait utiliser rapidement l’appareil de narcose. Le délai de livraison pour ces appareils est de trois mois et tous les appareils ne sont pas encore livrés. Dans les exploitations qui ne disposent pas encore des appareils de narcose, le vétérinaire doit intervenir jusqu’à la livraison. Le fonds est en passe d’être organisé. Les montants facturés aux abattoirs sont honorés correctement dans la plupart des cas. Les 2500 demandes de soutien financier sont actuellement comparées avec les données AGIS; ensuite, le dédommagement sera calculé par box de mise bas. Les exploitations d’élevage qui font aussi de l’engraissement feront l’objet d’une analyse particulière. Les soutiens financiers seront versé à la fin du premier trimestre.

Avez-vous des réactions des producteurs porcins?

Lors de la foire « Suisse Tier », nous avons organisé un forum pour échanger les expériences sur la mise en œuvre de la castration sans douleur. Trois producteurs ont présenté leurs expériences avec les appareils de narcose et les différentes méthodes. La narcose est efficace. Comme les porcelets sont endormis, l’étable est calme et le travail est plus agréable. Mais cela prend beaucoup plus de temps qu’avant et l’entretien de l’appareil demande aussi du temps. L’investissement financier causé par l’appareil est bien compensé par le fonds de soutien. Et les retours que j’ai d’autres producteurs sont très semblables à ces témoignages.

Que fait Suisseporcs pour aider à la mise en œuvre?

Nous travaillons avec le service sanitaire porcin (SSP). Le SSP visite régulièrement les exploitations et peut ainsi informer sur la castration, relever les problèmes éventuels et offrir un conseil approprié. Le SSP met sur pied avec les vétérinaires une surveillance ciblée pour répondre aux problèmes éventuels et proposer des solutions. Pour assurer la sécurité des producteurs lors de la castration, nous travaillons avec la SUVA/agriss. Si un producteur a l’impression que les émissions d’isoflurane sont trop élevées, il peut faire mesurer les émissions gratuitement par un spécialiste.

Comment voyez-vous l’avenir?

La castration chirurgicale va être employée encore pendant des années. Avec l’utilisation de la narcose à l’isoflurane et d’un anti-douleur, la Suisse a la meilleure méthode de castration sans douleur en Europe. La Suisse ne pourra cependant pas rester à l’écart du développement du marché européen. Actuellement en Europe, des premiers signes tangibles sont perceptibles pour l’abandon de la castration chirurgicale. Mais cela reste encore marginal. En Suisse aussi, c’est le marché qui devra se décider à faire évoluer les méthodes. Personne ne sait quand cela se concrétisera. Nous ne voulons pas d‘une interdiction de la castration des porcelets. Il faudrait sinon interdire la castration en général, aussi pour nos animaux de compagnie.

Plus d’infos sur la castration ici.

 

Des animaux à croquer

Dernier volet de la série de discussions «Animal – les animaux nous rendraient-ils fous ? », la discussion de ce 30 juin 2009 au Käfigturm de Berne portait sur l’amour des animaux – entre animal people et steak haché. Petit compte rendu non exhaustif des débats. 


De gauche à droite: Annik Dubied, Olivier Pagan, Claudia Mertens, Franco Inderbitzin

« Farasi va bien, merci. » Olivier Pagan, vétérinaire et directeur du zoo de Bâle, répond dans un soupir à la question d’ouverture de ce dernier podium de discussion. Mais que Farasi, ce petit hippopotame pour lequel une place dans un autre zoo doit être cherchée, soit devenu une icône médiatique le gêne profondément. « Un animal de zoo est là comme représentant de ses congénères sauvages. Il doit pouvoir vivre des comportements propres à son espèce – et notamment, comme les parents de Farasi, pouvoir se reproduire. Or les médias instrumentalisent nos animaux pour en faire des icônes personnalisées, humanisées, « pipeulisées », en dehors de la réalité scientifique. Ce rapport-là à l’animal n’est pas sain. » Pour Claudia Mertens, biologiste à la protection des animaux de Zurich, les animaux sont utilisés comme objet de projection. « On trouve les bébés animaux trop choux, on leur prête des sentiments, on les voit purs et innocents. Une fois devenu adulte, alors que l’animal montre des comportements sauvages typiques de l’espèce, l’intérêt du public décroît. On l’a vu avec Knut, l’ours du zoo de Berlin. » Mais les zoos ne profitent-ils pas de cette couverture médiatique ? Olivier Pagan explique : «Pour que les gens viennent au zoo, il faut bien-sûr les attirer par des arguments émotionnels. Mais une fois qu’ils sont au zoo, nous pouvons alors leur donner une information scientifique et faire un vrai travail didactique. Il faut trouver un équilibre entre émotion et science.» Pour Annik Dubied, sociologue à l’Université de Genève, la pipeulisation des animaux est un signe des temps : «Notre étude l’a clairement montré : notre rapport à l’animal est en pleine évolution depuis plusieurs années. On veut plus de respect et plus de protection pour certains de nos animaux ; on s'éloigne de la vision très utilitariste qu'on en avait il y a encore 50 ans.»

Si les animaux de zoo font souvent la Une des médias, les animaux conduits à l’abattoir n’ont pas les honneurs de la presse. Franco Inderbitzin, vétérinaire de l’abattoir de Saint-Gall sourit : «C’est vrai qu’on parle peu de la mise à mort de nos animaux de boucherie. Souvent, les gens ignorent même qu’un vétérinaire contrôle tout le processus d’abattoir : du respect du bien-être animal à la salubrité de la viande.» Pour Franco Inderbitzin, le comportement des consommateurs n’est pas toujours cohérent: «On s’émeut avec raison des transports d’animaux de boucherie à travers l’Europe, mais au bout du compte, on achète quand même la viande la moins chère sur les étals. » Annik Dubied explique : «Le rapport à l’animal est empreint d’ambivalence. On est prêt à protéger les animaux, mais jusqu’à un certain point, et certains animaux plus que d’autres. Il y a comme une hiérarchie inconsciente qui se retrouve lorsqu’on aborde la question de la consommation des animaux. On peut manger du bœuf sans problème, mais on ne va pas manger son chien. Plus le lien avec l’animal est fort, et plus la consommation de sa viande sera inimaginable.»

Est-ce que nos intervenants mangent de la viande ? Tous opinent du chef en précisant –signe des temps ? – qu’ils en mangent « peu ». Une partie du public s’émeut : « Comment peut-on s’engager pour la protection des animaux et manger de la viande ? ». Franco Inderbitzin répond : «Pour moi, il est primordial que l’animal puisse vivre une vie conforme à ses besoins, dans le respect de son bien-être. Si cela est respecté, je n’ai aucun problème à manger de la viande. Mais c’est finalement une décision personnelle – libre à chacun de choisir.» Une personne dans le public, végétalienne, s’émeut : «Mais ne ressentez-vous rien devant l’angoisse des animaux face à la mort ? » Franco Inderbitzin répond: « Je ne crois pas que les animaux de boucherie ressentent de l’angoisse face à la mort. Je les observe parfois un peu stressé par l’environnement nouveau, parfois très curieux face à la nouveauté. Mais je ne pourrais pas les décrire comme angoissés.» Olivier Pagan explique : « Dans le cadre d’une animation au zoo, nous donnons la possibilité aux enfants de s’occuper des animaux domestiques. Ils nourrissent les moutons, s’occupent des lamas et si un de nos animaux doit être conduit à l’abattoir, ils peuvent l’accompagner s’ils le désirent. Les enfants montrent beaucoup de sérénité face à la mort; il y a certes souvent des larmes, mais pour les enfants, c’est finalement un processus normal.» Franco Inderbitzin se souvient: «La première fois que j’ai vu un abattage, je n’en menais pas large. Mais depuis, j’ai appris à apprivoiser la mort.» Claudia Mertens conclut: «Plus nous étudions l’animal, et plus nous nous rendons compte qu’ils ont des capacités qui dépassent ce que nous avions supposé. Peut-être qu’ils peuvent même pressentir leur mort prochaine. Mais il ne faut pas oublier qu’aucun animal sur terre n’a autant de problèmes avec la mort… que l’homme lui-même.» Et ce sera le mot de la fin.

Débat au Käfigturm: „Nous demandons beaucoup aujourd’hui au chien dans notre société“

Depuis plusieurs années, et notamment depuis le drame d’Oberglatt où un petit écolier a été tué par trois pitbulls, la Suisse discute intensivement sur la place du chien dans notre société. Que s’est-il passé pour que celui qui accompagne fidèlement l’humain depuis des décennies soit soudainement si décrié ? C’est de cette question qu’ont débattu les participants au podium de discussion „Hot Dogs“ du 16 juin au Käfigturm de Berne sous la modération du journaliste Matthias Lauterburg.

L’équipe de la sociologue genevoise Claudine Burton-Jeangros a mis sous la loupe les débats sur les chiens :„Il y a toujours eu des morsures. Mais le contexte a évolué ces dernières années, la société veut plus de sécurité et du coup, un accident comme celui d’Oberglatt n’est plus acceptable. » La vétérinaire cantonale de Zurich, Regula Vogel, a été concernée de plein fouet par l‘accident d’Oberglatt : „J’étais en voiture lorsque j’ai entendu à la radio les premières informations. J’ai su alors que cet accident allait changer beaucoup de choses.“ La tolérance face aux chiens diminue et nous voulons un chien parfaitement intégré à notre société. „Nous sommes prêts à faire des pontages à nos chiens, nous les avons partout avec nous, et dans le même temps, nous exigeons beaucoup de capacité d’adaptation de leur part,» souligne Regula Vogel. Claudine Burton-Jeangros ajoute: „Les chiens sont omniprésents dans notre société, ils sont partout et lors d’accidents, nous remarquons soudain qu’ils peuvent être dangereux. Cela irrite.“

Pour Regula Vogel, ce n’est pas une peur ancestrale face au chien qui s’exprime, mais plutôt : „Ce qui fait peur, c’est de rencontrer dans notre quotidien quelque chose que nous ne pouvons pas contrôler. Le chien nous rappelle au quotidien cette non-maîtrise de la nature.“ Pour Heiner Studer, ancien conseiller national et président de la sous-commission qui a conduit les débats sur les chiens au parlement, la problématique ne peut pas être réduite à une question de peur diffuse : „Il se passe beaucoup de choses. Je reçois souvent des témoignages de parents qui en ont assez que leurs enfants doivent passer devant des chiens qui aboient sur le chemin de l’école. Nous devons nous demander pourquoi le peuple se prononce toujours en faveur des lois sur les chiens les plus sévères. »

Journaliste à la NZZ et propriétaire de chien, Claudia Wirz rappelle que le débat autour des chiens n’est pas nouveau: „Le chien vit depuis 15'000 ans avec l’humain. Chez les grecs et les romains, il était très populaire. La bible par contre n’aime pas trop les chiens : elle évoque les chiens 5 fois – et juste 1 fois de manière positive. Les mesures contre les chiens existent aussi depuis longtemps. Ainsi au Moyen-Âge, la laisse était obligatoire dans de nombreuses villes et Berlin avait même instauré le port de la muselière obligatoire en 1854. » Claudia Wirz reste critique face au débat actuel sur les chiens: „ Nous devons évidemment mettre tout en œuvre pour qu’un drame comme celui d’Oberglatt ne se répète pas. Mais c’est trop simple de montrer du doigt une minorité, que ce soit les étrangers ou les propriétaires de chiens. Pour moi, cela ressemble à une chasse aux sorcières moderne.“ Les humains peuvent après tout aussi être blessés par des chevaux, des vaches ou des serpents. „Oui, mais c’est avec son chien qu’on se balade sur l’Avenue de la gare,“ nuance Regula Vogel.

Alors pourquoi le débat autour des chiens est si difficile? Pour Heiner Studer, la communication fonctionne mal : „Je trouve que les différentes parties ne font pas preuve de disponibilité au dialogue.» Regula Vogel se souvient des débats au conseil cantonal zurichois: „C’était frappant de voir que tous les partis étaient partagés. » L’opinion de chacun sur les chiens ne dépend visiblement pas de ses valeurs fondamentales, de sa perception au monde, mais plus de son expérience personnelle, intime. Ce n’est donc pas étonnant finalement que tout le monde se croit expert en la matière et que les solutions les plus émotionnelles sont les plus convaincantes. „Nous avons essayé d’expliquer et d’informer, mais avec nos arguments de spécialistes, nous n’avons pas convaincu,“ relève Regula Vogel.

Ce qui gêne le plus Regula Vogel d’un point de vue scientifique, ce sont les interdictions de race – la question la plus âprement débattue dans la problématique des chiens. Pour Regula Vogel, il est clair qu’il n’existe pas une race dangereuse en soi. „Le chien le plus dangereux que j’ai rencontré en tant que vétérinaire cantonale était un croisement entre un labrador et un bouvier appenzellois,» témoigne-t-elle. Mais certaines races de chiens sont utilisées pour impressionner par une minorité qui ne comprend pas grand chose aux chiens. Claudia Wirz est aussi opposée sur le fond aux interdictions de race : „Mais d’un point de vue politique, ça aurait été peut-être plus intelligent d’accepter la liste de race proposée par le conseiller fédéral Deiss à l’époque.“ On aurait ainsi une règlementation homogène dans toute la Suisse.

Heiner Studer se réjouit d’un futur article constitutionnel – et surtout de la votation populaire qui y est liée: „C’est une chance unique de conduire un large débat sur la question des chiens. » Claudia Wirz souligne cependant le danger des règlementations: „Avec les lois fédérales et cantonales, la relation entre propriétaires de chiens et non propriétaires ne s’est pas améliorée. On a agrandi les fossés. On embête les propriétaires de chiens. Et la masse de règlementations ne fait que légitimer les peurs de ceux qui craignent les chiens. »

Pour Claudia Wirz, dans tous les débats autour des chiens, et aussi ici au Käfigturm, un aspect important n’est jamais soulevé: „Les chiens nous apportent beaucoup dans notre société – et pas seulement les chiens d’avalanche ou les chiens d’aveugle. Pour beaucoup d’humains, la relation avec leur chien est extrêmement importante.“ Ce qui sera suivi dans la salle par une salve d’applaudissements.

Applique dentaire pour prévenir les morsures de chien: „ encore beaucoup de questions ouvertes “

 

De nombreux médias parlent aujourd’hui d’une applique dentaire de la firme Saciri développée pour réduire l’impact des morsures de chien. La vétérinaire comportementaliste Linda Hornisberger a participé à une étude pilote sur ce « dentier pour chiens » avec des experts de l’Université de Bern – pour l’instant avec 4 chiens.

Beaucoup de médias parlent aujourd’hui avec enthousiasme de ce dentier comme « protection contre les morsures ». Mais que peut-on vraiment attendre de cette applique dentaire?

Linda Hornisberger: Je regrette beaucoup l’enthousiasme sans conditions relatée par les médias, car nous avons essayé d’informer de manière nuancée sur l’étude pilote menée à la faculté vétérinaire suisse de Berne. Nous ne savons pas pour l’instant si cette applique dentaire est praticable dans le quotidien. A l’heure actuelle, je pourrais m’imaginer utiliser ce produit tout au plus comme alternative à la muselière, lorsque le chien est tenu en laisse. Cette applique dentaire est certes innovative, mais n’est certainement pas LA solution au problème des chiens dangereux. La socialisation des chiens et la formation des propriétaires restent au centre de la prévention.

On peut lire que les chiens qui portent l’applique dentaire ne peuvent plus provoquer de morsures graves. Est-ce que c’est vrai ?

Cela n’est certainement pas exact. L’applique dentaire empêche la pénétration dans la chaire des incisives et des canines. Mais les dents arrières ne sont pas couvertes par l’applique. Or c’est avec elles que les chiens peuvent mordre les os ! De plus, les 4 chiens impliqués dans notre étude étaient toujours capables d’arracher l’applique dentaire, même après un temps d’adaptation de 3 semaines. Les fabricants affirment que cela ne devrait plus être possible avec les nouveaux modèles. Les premiers résultats semblent indiquer que les chiens ont tendance à mordre plus fort avec l’applique et que leur inhibition à la morsure diminue avec le port de l’applique dentaire. Si ces résultats se confirment, ce serait très problématique. C’est un point que nous voulons examiner en détails.

L’applique dentaire est présentée comme une « muselière qui respecte le bien-être animal ».

La muselière est une limitation très forte pour le chien. Par exemple, ils ne peuvent plus rien prendre en gueule, ce qui reste possible avec l’applique dentaire. Cependant, les chiens de notre étude salivent beaucoup et essaient toujours d’enlever l’applique dentaire. Il faudra étudier l’applique sur le long terme pour voir comment les chiens peuvent effectivement s’adapter à cet appareil. De plus, une partie des chiens de notre étude ne s’est pas laissé facilement appliquer l’appareil. Pour cette raison, l’emploi de cette applique dentaire pour des chiens particulièrement agressifs ne me semble pas adéquat.

Que conseillez-vous à un propriétaire de chien qui souhaite acquérir cette applique dentaire?

Il reste encore beaucoup de questions ouvertes quant à l’utilisation et l’efficacité de cette applique dentaire. C’est pourquoi je conseille la prudence à tous les propriétaires de chien et je les encourage à consulter un spécialiste comportementaliste qualifié avant tout achat. L’applique dentaire peut représenter une bonne solution dans certains cas. Mais il est primordial de récolter plus d’expériences et de conduire des études plus poussées – ce que nous allons faire.

Les spécialistes Linda Hornisberger, Philippe Roux et Peter Schawalder ont contribué à l’étude pilote menée à l’Université de Berne qui a été autorisée par le canton. L’étude est dirigée par Urs Geissbühler.

Pourquoi les animaux font vibrer les politiciens?

Dans le cadre de la publication d’une étude sur nos relations avec l’animal conduite par l’Université de Genève, une série de podiums de discussion ont été organisés en juin au forum politique du Käfigturm de Berne. Quelques réflexions issues de ces podiums sont relatées ici.

Petit compte rendu non exhaustif du podium de discussion du 2 juin “Bêtes politiques – pourquoi les animaux font vibrer les politiciens?”

 
De gauche à droite: David Gerber, Hans Grunder, Hansueli Huber, Tiana Moser

Hansueli Huber, directeur de la Protection suisse des animaux, se réjouit: „La protection des animaux a enfin trouvé un écho à Berne. Nos politiciens sont beaucoup plus sensibles à la cause animale qu’il y a 20 ans et c’est un bon signe pour notre société.” Et ce n’est pas Tiana Moser, parlementaire verte-libérale, qui le contredira: “Je m’engage pour la cause animale par respect pout les êtres vivants et pour l’environnement dans lequel nous vivons.”. Hans Grunder, président du parti bourgeois démocrate, renchérit: “Pour la population suisse, les animaux sont importants. En tant que représentants du peuple, nous nous devons de discuter de ces préoccupations.” Pour David Gerber, sociologue à l’Université de Genève, cet engouement pour l’animal était bien perceptible dans l’étude conduite par le département de sociologie : on parle beaucoup de l’animal dans la société, aujourd’hui encore plus qu’hier.

Si tout le monde s’accorde à dire que le bien-être animal est important, le rôle des politiciens ne fait pas l’unanimité. Ainsi pour Hans Grunder, “il n’est pas nécessaire de légiférer encore plus. Au lieu de définir au centimètre près les dimensions d’une étable, on ferait mieux d’informer correctement les gens sur ce qu’est un animal. Lorsque je laisse mes chevaux dehors sous la pluie, les gens crient au scandale parce qu’ils ont l’impression que mes animaux souffrent. Il ne nous faut pas plus de règles, mais plus d’informations.” Pour Tiana Moser, par contre, l’un n’exclut pas l’autre: “Il faut aussi pouvoir fixer des règles claires pour que les gens sachent que certaines choses sont tout simplement inacceptables – et ceci n’est pas seulement valable pour les animaux de rente, mais aussi pour les animaux de compagnie.” Ce qui fait réagir Hans Grunder: “A quoi bon fixer des règles pour les animaux de compagnie si on ne peut pas les contrôler dans la pratique? L’éducation de la population est plus réaliste et plus efficace.” On l’aura compris: la question n’est pas de savoir si les politiques s’engagent pour les animaux, mais plutôt comment et jusqu’où ils sont prêts à s’engager.

Cela vaut aussi pour les animaux sauvages. Hans Grunder approuve par exemple l’élimination des corneilles lorsque les nuisances sont trop grandes pour l’agriculture – ce qu’il avait vécu en tant que membre du Grand conseil bernois. Mais pour Tiana Moser, « il doit exister d’autres solutions que de les éliminer simplement parce qu’elles nous gênent. ». Pour David Gerber, « les discussions autour de la place de l’animal montrent bien le rapport ambivalent à l’animal et la société d’aujourd’hui n’a pas de réponse claire face à la place de l’animal. ».

Reste que l’animal est visiblement un thème porteur. Alors une question demeure: dans ce contexte, est-ce que nos politiciens peuvent se permettre de ne pas s’engager pour la cause animale ?

Si Hansueli Huber se réjouit de la fibre animale de nos politiciens, il trouve cependant que sur un sujet, les politiciens vont trop loin. Quand il s’agit de légiférer sur les chiens dangereux, les politiciens ne sont, à ses yeux, plus aussi pertinents. Ça tombe bien, c’est justement le sujet de notre prochain podium de discussion, le 16 juin 2009, à 18h30 au Käfigturm de Berne. Où l’on analysera pourquoi les discussions autour des chiens s’enflamment toujours.

Le poisson dans la loi: quelques précisions

Elevage de silures à Oberriet ou ferme de poissons à Mollis dans le canton de Glaris : les élevages de poissons font parler d’eux dans les médias alémaniques. La polémique autour de la fermeture de l’élevage de silures d’Oberriet montre aussi l’intérêt pour les questions du bien-être animal chez le poisson. Beaucoup d’affirmations fausses ont été relayées dans la presse ; certains s’appuient sur l’exemple d’Oberriet pour exiger des dispositions plus strictes pour les élevages de poissons. Or le problème d’Oberriet n’est pas le manque de dispositions, mais bien l’attitude du propriétaire qui n’a pas voulu remplir les exigences légales pourtant claires sur l’étourdissement des animaux.

Pour plus de clareté, il est utile de rappeler les dispositions pour les élevages de poissons :

  • Une autorisation de détention d’animaux sauvages est nécessaire pour un élevage de poissons. Le vétérinaire cantonal qui délivre l’autorisation va s’assurer que les dispositions sur la protection des animaux sont respectées. L’autorisation doit être octroyée avant la mise à l’eau des premiers poissons.
  • Un élevage de poissons doit être dirigé par une personne ayant suivi une formation reconnue. Le personnel qui s’occupe de la pêche, du marquage, de l’élevage, de la détention ou de la mise à mort des poissons doit pouvoir bénéficier d’une attestation de compétences. Un délai de transition pour les installations existantes a été prévu jusqu’au 31 août 2013.
  • L’eau doit être de qualité en tout temps.
  • La législation sur la protection des animaux définit le nombre d’animaux maximal par unité de volume. Il existe des chiffres concrets pour les salmonidés ou les cyprinidés. La densité exigée pour les autres espèces est définie par analogie.
  • Comme tous les vertébrés, les poissons doivent être étourdis avant la mise à mort. La législation décrit les méthodes reconnues.
  • La manipulation et le transport des poissons font l’objet de dispositions (une ordonnance est en préparation).
  • Les élevages autorisés sont contrôlés au moins tous les deux ans par le vétérinaire cantonal qui peut, si les exigences sont pas remplies, retirer l’autorisation.

Est-ce que ces règles suffisent pour garantir une détention correcte des poissons? Est-ce que les dispositions sur la densité suffisent ? Ces questions demandent des réponses scientifiques et politiques. Au niveau scientifique, je suis convaincu que nos bases légales suffisent pour garantir le bien-être animal dans les élevages de poissons. N’oublions pas que nous venons de mettre en vigueur une nouvelle législation au 1er septembre 2008 avec des exigences claires sur la pêche et l’élevage. Des délais transitoires ont été fixés pour permettre aux élevages existants de se mettre aux normes. Ces exigences ont été élaborées par un large cercle d’experts. La nouvelle législation a fait l’objet d’une large consultation et est donc le résultat du consensus actuel existant dans notre société.

Les poissons ressentent la douleur. Les connaissances scientifiques des dernières années ont entraîner le renforcement des exigences légales. La science avance et je pense que nous auront l’occasion dans le futur de continuer à réfléchir sur ces exigences. Nous avons adapté les dispositions légales aux derniers développements scientifiques et nous continuerons à le faire à l’avenir.

La protection des animaux est importante pour les Suisses

Vendredi dernier, la Coop a publié une enquête sur la perception de la protection des animaux en Suisse. Je suis toujours impressionné de voir à quel point les aspects éthiques sont importants dans notre pays. Selon cette enquête, 90 pour cent des personnes interrogées estiment qu’il est important de protéger les animaux – tant les animaux de rente que les animaux de compagnie. Seuls 12 pour cent d’entre elles ne se laissent jamais guider par des considérations de protection des animaux lors de l’achat de viande.

Ces résultats confirment des études antérieures. C’est ainsi que l’Office fédéral de l’agriculture a publié en mars 2007 une étude sur les attentes de la population suisse vis-à-vis de l’agriculture. Il est apparu que l’attente la plus souvent exprimée est « le respect de dispositions particulièrement strictes en matière de protection des animaux ».

Mais les Suisses ne sont pas les seuls à se préoccuper de protection des animaux. Une enquête d’opinion effectuée dans l’Union européenne en 2005 a montré que 43% des personnes interrogées pensent le plus souvent ou occasionnellement à la protection des animaux lors de l’achat de viande. Cependant, dans l’UE, les différences sont énormes : en Suède, ce sont 67% des personnes interrogées, en Allemagne 52% et en Tchéquie 21%.

Les attentes de la population suisses sont à la fois un mandat et une chance pour notre agriculture. Si l’on demande (de nouveau selon l’étude Coop) ce que représente la protection des animaux de rente, la plupart des personnes interrogées répondent: « élever les animaux conformément à leurs besoins/conformément à la loi sur la protection des animaux/dans le respect de l’animal » Pour moi, cela signifie que nous pouvons soutenir les paysans suisses au moyen de dispositions de protection des animaux convaincantes.

Le deuxième critère cité par ordre d’importance est la « possibilité de sortir en plein air ». Le mouvement en plein air est effectivement un besoin central des animaux. Dans le cadre de notre campagne « Mon animal, j’en prends soin ! », nous traiterons ces prochains mois tous les aspects de cette problématique, tant chez les animaux de rente que chez les animaux de compagnie.

Certains types de chiens mordent plus que d’autres – qu’est-ce que cela signifie?

Les discussions autour des chiens dangereux se sont concentrées dès le début sur les Pitbulls et autres chiens dit « de combat ». Est-ce que ces chiens sont plus dangereux à cause de la sélection qu’ils ont subie? Est-ce qu’ils sont particulièrement attractifs pour des détenteurs eux-mêmes attirés par l’agressivité ? Ou est-ce que le problème « Pitbull » n’aurait pas été monté en épingle par les médias ? Après la mort brutale d’un enfant à Oberglatt, mordu par plusieurs Pitbulls, ces questions sont revenues très souvent dans le débat public.

La mise en valeur des accidents par morsures de 2007 apporte pour la première fois quelques éléments de réponses à ces questions. Certains types de chiens, comme le Pitbull, le Rottweiler ou le Doberman, mordent plus que d’autres et même assez nettement. Les chiffres ne répondent cependant pas à la question de savoir si ce sont les chiens qui sont plus agressifs ou si le problème est à rechercher chez leur détenteur. Autrement dit : il est tout à fait possible qu’un Pitbull mis dans les mains d’un détenteur compétent ne représente pas de risque plus élevé. La question à poser est donc plutôt de savoir comment faire pour que de tels chiens soient placés entre de bonnes mains.

Toutes les mesures prises jusqu’à aujourd’hui sont valables pour tous les chiens et tous les détenteurs. Les chiens doivent être identifiés et enregistrés et dès l’automne, tous les détenteurs de nouveaux chiens devront suivre un cours avec leurs chiens. Ces mesures ont un sens: la plupart des accidents par morsure sont causés par les types de chiens les plus fréquents dans la population canine. Reste à examiner si ces mesures sont cependant suffisantes pour ces chiens plus exigeants mentionnés plus haut.

Une chose est sûre: même les mesures les plus sévères ne pourront jamais complètement éviter les drames semblables à ceux d’Oberglatt. Notre but doit être d’un côté de réduire le risque des accidents par morsure, de l’autre de donner la possibilité aux organes de contrôles d’intervenir tôt lorsqu’un couple homme-chien risque de devenir dangereux.

Statistique des accidents par morsure 2007: http://www.bvet.admin.ch/themen/tierschutz/00760/00763/index.html?lang=fr

Vaccination contre l'odeur désagréable de la viande porcine: une bonne méthode!

Beaucoup de consommateurs l’ignore, mais la viande de porcs peut parfois présenter une odeur très désagréable. Les coupables? Les phéromones mâles produites par le verrat. Pour éviter cette odeur particulière, il faut empêcher la production de ces phéromones. Jusqu’à présent, la castration des porcelets était la méthode privilégiée. Dès 2010, elle devra se faire sous narcose. Mais il existe aussi des méthodes alternatives et parmi elles, une méthode présentant beaucoup d’avantages : la vaccination.
 
Cette méthode est simple : les porcs mâles reçoivent un vaccin qui va empêcher la production de phéromones. Le vaccin ne produit pas de résidus dans la viande : il n’y a pas de soucis pour le consommateur. Résultat : une méthode simple et sûre sans intervention chirurgicale lourde et une viande sans odeur. Cette méthode n’est pas nouvelle : elle est utilisée depuis de nombreuses années en Australie notamment.
 
Malgré ces avantages, les grands distributeurs semblent vouloir se décider pour la castration chirurgicale sous narcose complète. Ils craignent que la vaccination soit une méthode difficile à expliquer aux consommateurs. Une première enquête auprès de la population semble le confirmer: les gens sont sceptiques. Certains assimilent la vaccination à un traitement hormonal, alors que la méthode n’a rien à voir avec cela. D’autres craignent des résidus dangereux dans la viande, ce qui n’est pas non plus le cas. Certains voient même dans la castration chirurgicale une méthode plus douce pour la protection des animaux. Tout cela montre bien que la vaccination n’est pas bien comprise – probablement parce que personne n’en a vraiment entendu parlé auparavant!

La question se pose: doit-on laisser tomber la vaccination juste parce qu’elle est difficile à expliquer? Ou ne doit-on pas plutôt investir en communication pour expliquer correctement aux consommateurs de quoi il s’agit? Pour moi, la deuxième voie est clairement la bonne et j’espère que la branche porcine et les grands distributeurs auront le courage de choisir la vaccination comme méthode possible. Grâce à la vaccination, nous aurions une méthode d’avenir, douce pour les animaux, sûre pour le consommateur et une viande de porc ... toujours aussi goûteuse!

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