Office vétérinaire fédéral OVF

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Projet de ré-autorisation des protéines animales dans l’alimentation des porcs et des volailles: qu’en pense l’OVF?

En Suisse, l’utilisation des protéines animales dans l’alimentation des ruminants est interdite depuis 1991 (dans l’UE depuis 1994). En 2001, cette interdiction a été étendue, aussi bien en Suisse que dans l’UE, à tous les animaux de rente («interdiction totale»). Raison de ces interdictions : l’affouragement des bovins par des protéines animales contaminées constitue le principal mode de propagation de l’agent pathogène responsable de l’ESB.

Or, depuis, de nombreuses voix s’élèvent, dans l’UE comme en Suisse, en faveur de la réintroduction des protéines animales, dont l’apport est précieux. Pourquoi ce revirement?

Le contexte:
Les poules et les porcs sont des omnivores: dans des conditions naturelles, ils ingèrent des protéines animales. Par ailleurs rien n’indique dans les recherches effectuées que ces deux espèces animales seraient sensibles à  l’ESB.
• La réintroduction de l’affouragement des protéines animales permettrait à la Suisse de réduire sa dépendance vis-à-vis des autres sources de protéines, comme le soja. À l’échelle européenne, la levée de l’interdiction totale se traduirait par un gain d’environ 3 à 5 millions de tonnes de protéines pour l’alimentation des animaux de rente (source: Association suisse des fabricants d’aliments fourragers VSF).
• Ces dernières années, on a mis au point de nouvelles techniques de détection des protéines dans les aliments fourragers qui permettent de différencier les protéines selon l’espèce animale dont elles sont issues.
• Plusieurs expertises internationales (EFSA, BIOHAZ Panel, 2007-2010) tendent à démontrer qu’un assouplissement de l’interdiction en vigueur est possible.

La situation de l’ESB a très nettement perdu de son acuité en Suisse au cours des dernières années, si bien que l’Office vétérinaire fédéral (OVF) est favorable à la réutilisation des protéines animales dans l’alimentation des poules et des porcs, car cette réutilisation est à la fois sûre et judicieuse du point de vue écologique. Toutefois l’interdiction générale de l’affouragement des protéines animales ne pourra être assouplie qu’à des conditions très restrictives, d’ores et déjà définies par l’OFAG, l’OVF et l’OFSP dans leur rapport de 2004 établissant un plan de mesures pour le recyclage des déchets:
• Seules doivent être autorisées les protéines animales issues de sous-produits d’abattage non nocifs pour la santé humaine.
• L’utilisation de protéines animales pour nourrir les herbivores (bovins, ovins, caprins) doit rester interdite.
• Seul l’affouragement de protéines d’une espèce à une autre espèce doit être autorisé, en l’occurrence l’affouragement de protéines issues de volailles à des porcs ou l’affouragement de protéines issues de porcs à des volailles. Le cannibalisme doit rester exclu.

Indépendamment des résultats scientifiques, la ré-autorisation ne sera possible qu’avec l’assentiment de l’ensemble du marché, c’est-à-dire de tous les acteurs de la filière alimentaire, des pouvoirs publics et des consommateurs. De plus, compte tenu de l’intégration de la Suisse dans l’espace vétérinaire de l’UE, nous devrons avancer au même rythme que les pays européens qui nous entourent.

D’ici à la fin de l’année, plusieurs points devront être éclaircis. Il est important d’exiger dans le processus de transformation une séparation absolue entre la filière des protéines animales et la filière des aliments destinés aux herbivores. Cela va de l’abattoir jusqu’à l’exploitation destinataire en passant par le moulin et le transport. Pour cela, l’industrie doit procéder à des adaptations de grande ampleur. Des contrôles devront être assurés.

L’OVF est membre d’un groupe de travail (GT) qui se penche sur ces questions techniques. Ce GT, dirigé par l’Union suisse des paysans (USP), se compose de représentants des organisations paysannes, de la filière viande, des transformateurs, de la grande distribution ainsi que des organisations de consommateurs. Pour tous, il paraît clairement inenvisageable de revenir aux pratiques d’affouragement d’avant 1991. Une modification d’ordonnance peut ouvrir la possibilité d’utiliser les protéines animales plutôt que de les brûler, mais c’est au marché qu’il appartiendra de décider si celles-ci pourront ou non se retrouver dans les aliments pour porcs et volailles.

Un été avec Fleurette – des efforts payants

Fleurette passe les dernières semaines de son premier été à l’alpage sur le Rossberg, un pâturage de basse altitude situé sur le Vorholzallmend (BE). Non loin de là paissent les animaux en bonne santé, appartenant au paysan Andreas Knutti. Pourtant, au cours des hivers précédents, plusieurs veaux infectés par la diarrhée virale bovine (BVD) sont venus au monde dans son étable. Ces animaux IP – c’est ainsi qu’on les nomme – ont dû être abattus prématurément. Une mesure difficile à prendre, mais qui s’avérera payante à long terme.

Le premier été à l’alpage de Fleurette touche à sa fin. Pour l’heure, aucun signe ne suggère que Fleurette a pu être contaminée par le virus de la BVD au cours de l’estivage. Monsieur et Madame Gertsch, ses propriétaires, sont confiants: ils pensent que leur troupeau continuera d’être épargné par la maladie.


Le paysan Andreas Knutti, lui, a eu moins de chance. Depuis le début de la campagne d’éradication de la BVD, en 2008, onze veaux infectés permanents (IP) – ce qui signifie qu’ils excréteront le virus toute leur vie – ont vu le jour dans son étable. L’examen des échantillons de tissus, que le paysan a pu prélever sur les veaux nouveau-nés au moyen de marques auriculaires, a révélé qu’ils étaient atteints du virus de la BVD. Or, en tant qu’animaux IP, ils sont susceptibles de propager la maladie à grande échelle, et donc de contaminer d’autres bovins. De plus, ils sont souvent maigres et d’aspect maladifs. Grâce à la campagne d’éradication de la BVD, les détenteurs d’animaux ont pris conscience que les problèmes de santé affectant les cheptels bovins suisses, comme la chétivité, les diarrhées, les problèmes de fertilité et la multiplication des avortements, pouvaient être liés à la BVD, et que les veaux IP représentaient également un risque pour les autres animaux de l’étable.

Fleurette début septembre 
 
Fleurette passe ses dernières semaines d’estivage sur le Rossberg. Non loin de là paissent les animaux de l’étable d’Andreas Knutti.


Andreas Knutti pense que certaines mères de veaux IP ont été contaminées par le virus de la BVD au cours du dernier estivage sur le Rossberg, et qu’elles ont à leur tour infecté leurs veaux à naître. D’abord testé négatif à la BVD, un bovin d’une étable voisine ayant aussi passé l’été sur le Rossberg a finalement obtenu un résultat positif lors d’un second test pratiqué à l’automne dernier. Au cours de l’estivage, cet animal IP a excrété le virus et peut donc avoir infecté les vaches gestantes d’Andreas Knutti, qui paissaient sur le même alpage.

Naissance animal IP
Naissance d’un animal IP

Afin que les animaux IP nouveau-nés d’Andreas Knutti ne puissent plus contaminer d’autres bovins, ils ont dû être abattus immédiatement. Outre le coût financier qu’elle a représenté, cette décision a également été psychologiquement difficile pour le paysan et sa famille: «Parfois, ma mère ne voulait même plus mettre les pieds dans l’étable. Elle ne supportait plus que l’on soit obligés d’abattre prématurément tant de petits veaux.»

Andreas Knutti
 
Andreas Knutti apporte un soutien précieux à la lutte de longue haleine contre la BVD.

Heureusement les efforts mis en œuvre pour combattre la BVD s’avèrent payants. Grâce à l’implication de paysans motivés tels qu’Andreas Knutti, la maladie a presque été éradiquée en Suisse. Depuis le début de la campagne de lutte contre le virus, la proportion d’animaux IP parmi les veaux nouveau-nés est passée de plus de 1,3% à 0,1%, ce qui signifie que moins de 10 nouveau-nés sur 10 000 sont atteints. Aujourd’hui, près de 99% des élevages suisses de bovins sont sains. Afin d’éloigner les derniers animaux IP du reste du cheptel bovin, et de prévenir ainsi de nouvelles infections, il est essentiel que tous les animaux fassent l’objet de prélèvements et soient soumis à des tests de dépistage de la BVD. C’est la seule solution pour que la maladie soit bel et bien éradiquée et que Fleurette puisse passer l’été sur l’alpage avec des animaux issus de différentes exploitations de la vallée sans risquer une contamination. Les cheptels bovins de Suisse seront alors en meilleure santé et les pertes économiques liées à la BVD, qui se chiffrent à environ 9 millions de francs suisses chaque année, ne seront alors plus qu’un mauvais souvenir.

Pour connaître quels sont les efforts entrepris par les détenteurs d’animaux, les vétérinaires et les autorités pour éradiquer totalement la BVD de Suisse ou pour prendre des nouvelles de Fleurette, vous pouvez consulter régulièrement notre blog sur cette page.

Pour davantage d’informations spécifiques sur la BVD,  veuillez consulter  www.stopbvd.ch.