La morve: De l’annonce de suspicion à la levée de l’alarme
La semaine dernière, en Suisse, une exploitation équine a été mise sous séquestre en raison d’une suspicion de morve chez un cheval. On craignait que l’animal, arrivé du Liban en Europe au mois de janvier, et dans le canton de Soleure au mois de mai via la France et l’Allemagne, ne soit le point de départ d’une réintroduction de l’agent de la maladie, éradiqué en Suisse depuis plus de 70 ans. De fait, on apprenait en juillet que de nombreux cas de morve avaient été signalés au Liban depuis février. Aussi, les autorités ont immédiatement ordonné l’examen du cheval importé. Les analyses réalisées par l’Institut de bactériologie vétérinaire de la faculté Vetsuisse de Zurich ont établi la suspicion de morve.
La morve est une épizootie transmissible à l’Homme. En tant que telle, elle doit être éradiquée et est donc soumise à l’obligation d’annoncer conformément aux dispositions de la législation sur les épizooties. En présence d’un cas suspect, des mesures doivent être immédiatement prises afin d’empêcher tout risque de propagation de la bactérie. Le cheval suspect, mais aussi tous les chevaux ayant été en contact avec lui, doivent subir des tests et l’exploitation où l’animal est détenu doit être mise sous séquestre. Tout contact avec des chevaux provenant d’autres exploitations est interdit. Dans le cas présent, un concours qui devait avoir lieu sur le site de l’exploitation a été annulé. En outre, une enquête a été diligentée pour déterminer si d’autres chevaux ont été importés du Liban dans l’UE à la même période. Un deuxième cheval a ainsi pu être localisé en Suisse romande, et testé. En résumé: un grand déploiement de mesures qui a suscité beaucoup d’inquiétude, et pas seulement parmi les propriétaires de chevaux.
Aujourd’hui, une semaine plus tard, l’alarme et le séquestre ont été levés. Les tests de référence pratiqués par le laboratoire international de référence de l’O.I.E., en Allemagne, se sont révélés négatifs.
Mais pourquoi a-t-il fallu attendre une semaine? Que s’est-il passé dans l’intervalle? Pourquoi les échantillons doivent-ils être analysés une seconde fois par un laboratoire international de référence?
Le professeur Max M. Wittenbrink, chef du laboratoire national de référence pour la morve à l’Institut de bactériologie vétérinaire de l’Université de Zurich, nous explique le déroulement de la procédure entre l’annonce de suspicion et la levée définitive de l’alarme, et pourquoi des tests de référence sont-ils nécessaire?
Qu’est-ce que la morve exactement, et comment les chevaux l’attrapent-ils?
M. M. Wittenbrink: La morve du cheval est une maladie infectieuse d’origine bactérienne qui affecte en premier lieu les équidés. La forme aiguë se présente tout d’abord comme une maladie fébrile générale, avec ensuite apparition possible, au niveau des muqueuses des voies supérieures, de la peau et des organes internes, de nodules inflammatoires finissant par s’ulcérer. Les animaux atteints de morve aiguë décèdent dans un délai de 1 à 2 semaines après avoir déclaré la maladie. La forme aiguë est rare en ce qui concerne le cheval, chez qui la morve est plutôt d’évolution chronique, voire asymptomatique. Dans ce dernier cas, l’animal, bien qu’en apparence sain, reste porteur de l’agent et peut continuer à l’excréter. Pour cette raison, des investigations longues, comprenant plusieurs tests, sont nécessaires.
À partir de quel moment un cas est-il considéré comme suspect? Et que se passe-t-il alors?
M. M. Wittenbrink: Lors de l’importation de chevaux en provenance de pays dans lesquels la maladie n’est pas combattue avec autant d’énergie qu’en Suisse et dans les pays voisins, où les mesures de protection et d’éradication sont draconiennes, il existe un risque d’introduction de l’agent par des animaux infectés non dépistés. En cas d’annonce de suspicion, le vétérinaire cantonal fait parvenir au laboratoire national de référence un échantillon de sang prélevé sur l’animal suspect. Là, une analyse est pratiquée selon la méthode prescrite par l’O.I.E. (Office international des épizooties) pour le diagnostic sérologique afin de rechercher la présence d’anticorps. Ce test permet de détecter les anticorps de morve 12 à 14 jours après la date de l’infection. En Suisse, un résultat positif a immédiatement pour conséquence la mise sous séquestre de l’exploitation afin d’empêcher toute contamination d’autres animaux, et la réalisation du test sur tous les chevaux ayant été en contact avec le sujet suspect.
Mais ce test ne suffit pas à lui seul pour établir définitivement le diagnostic qui, s’il était positif, entraînerait la prise de mesures lourdes de conséquences. On sait en effet, depuis que le diagnostic sérologique de la morve est pratiqué, qu’un cheval peut très bien présenter une réaction suspecte, voire positive au test sans pour autant être infecté. C’est pourquoi, tous les échantillons, qu’ils soient classés par le laboratoire de référence suisse comme positifs ou suspects, doivent être envoyés au laboratoire international de référence de l’O.I.E. à Iéna (D) pour être testés une deuxième fois et subir un autre type de test, développé à l’origine comme méthode de confirmation en cas de résultat incertain. Cette dernière procédure peut prendre plusieurs jours. Tant que le deuxième test et le test de confirmation ne se sont révélés négatifs, l’alarme ne peut être levée. Jusque-là, les mesures de séquestre sont maintenues, même si aucun animal ne présente de symptômes. Toutes ces investigations et mesures sont indispensables, car il faut empêcher par tous les moyens que la morve, maladie équine aux conséquences lourdes, transmissible à l’Homme, ne réapparaisse en Suisse.






