L'interdiction des farines animales (plus exactement de leur utilisation pour alimenter des animaux) est remise en question par certains qui en demandent l'assouplissement. Précisons d'emblée que ce débat vient tout juste d'être lancé et qu'aucune décision n'a encore été prise. Pour mémoire: il y a 18 ans, en 1990, la Suisse découvrait son premier cas d'ESB. Immédiatement, des mesures de protection des consommateurs étaient prises et l'affouragement des farines animales aux ruminants interdit. Par la suite, ces mesures ont été progressivement renforcées, pour aboutir, finalement, à une interdiction générale des farines animales, à savoir à une interdiction touchant tous les animaux de rente, y compris les poules et les porcs qui, pourtant, ne sont pas réceptifs à l'ESB.

La rigueur de ces mesures a payé: en 2007, pour la première fois depuis 1990, pas un seul cas d'ESB n'était constaté en Suisse. Même si notre pays devait connaître encore quelques cas ponctuels d'ESB dans les années qui viennent, il est légitime d'entamer une discussion sur cette problématique, tout en fixant des limites très claires, que nous avions d'ailleurs déjà formulées en 2004 avec les offices fédéraux de l'agriculture et de la santé publique:

- Les seules sous-produits de l'abattage qui pourraient entrer en ligne de compte sont ceux qui sont irréprochables du point de vue sanitaire.

- L'affouragement des farines animales restera interdit pour toutes les espèces "végétariennes" (bovins, ovins, caprins).

- La discussion ne porte que sur l'affouragement de sous-produits de l'abattage de poules à des porcs et de sous-produits de l'abattage de porcs à des poules. En d'autres termes: pas de cannibalisme.

- Les résidus de farines animales dans les aliments pour ruminants doivent être exclus. Une séparation stricte des filières de transformation allant de l'abattoir à l'exploitation en est la condition, de même que des contrôles efficaces.

- Tout assouplissement devrait être coordonné sur le plan international, notamment avec l'UE.

Ces jalons parlent d'eux-mêmes: il n'est pas question de revenir aux pratiques d'affouragement d'avant 1990. Par contre, un assouplissement prudent et strictement contrôlé pourrait être judicieux. Nous sommes finalement tous responsables d'une utilisation aussi sensée que possible de nos ressources. Les sous-produits de l'abattage sont des ressources de haute valeur en raison de leur teneur en protéines animales et il est légitime de se demander si nous en faisons un usage correct. Mais il faut en être conscient: l'assouplissement ne pourra se réaliser aussi rapidement qu'on pourrait le croire; en l'occurrence, c'est en années, non en mois, qu'il faut compter.